Le scandale Manchester City prend une tournure explosive
Huit titres de champion d’Angleterre, quatre victoires en FA Cup, sept succès en Coupe de la Ligue anglaise et un sacre en Ligue des champions: depuis que le cheikh Mansour bin Zayed bin Sultan Al Nahyan a sorti Manchester City, en 2008, d’un sommeil de plusieurs décennies, le club du nord de l’Angleterre fait partie des géants du football.
Mais City a triché. Une enquête indépendante commandée par la Premier League a mis au jour un grand nombre d’opérations fictives sur une période de neuf ans. L’objectif de ces montages? Permettre aux Cityzens de se conformer aux règles du fair-play financier.
Des comptes gonflés
En réalité, ce ne sont pas les performances commerciales du club qui ont alimenté en priorité ses comptes, mais les versements du fonds émirati Abu Dhabi United Group, propriété du cheikh Mansour. Ces injections constituent une violation majeure des règles du fair-play financier de la Premier League. Selon la commission de la ligue, les recettes de City auraient ainsi été gonflées de plus de 900 millions de livres durant la période étudiée.
Dans un communiqué de presse, le club a fermement rejeté les accusations et annoncé son intention de faire appel. Mais la perspective d’un acquittement semble bien mince. La commission de la ligue estime avoir identifié des pratiques interdites dans 114 des 115 cas examinés.
Entre-temps, l’affaire a pris une tournure politique. D'après le quotidien conservateur The Telegraph, qui suit de près le scandale et se montre favorable à une sanction sévère, le gouvernement britannique n’a pas démenti des informations selon lesquelles une condamnation de Manchester City «saperait» l’appétit des Emirats arabes unis pour de futurs investissements majeurs au Royaume-Uni.
Des relations en danger
Le journal cite un article de l’agence de presse Bloomberg, qui indique que la décision de la Premier League pourrait «avoir une influence sur les relations bilatérales entre les deux pays».
Si l'affaire dépasse largement le cadre du sport, c’est parce que le cheikh Mansour n’est autre que le frère du président des Emirats arabes unis, un pays ayant investi depuis 2021 quelque 30 milliards de livres au Royaume-Uni dans différents secteurs économiques d’avenir, dans le cadre d’une initiative commune avec Londres. C’est trois fois le montant initialement prévu, a déclaré en juillet l’ambassadeur émirati à Londres, quelques jours avant l’arrivée d’Andy Burnham au poste de premier ministre britannique. Ces investissements ont contribué à créer ou soutenir plus de 200 000 emplois, a souligné le diplomate, qui espérait voir Burnham plaider en faveur d’un accord de libre-échange avec son pays.
Au cours des prochaines années, le gouvernement britannique entend mettre en place les conditions nécessaires à d’importants investissements supplémentaires dans le corridor Oxford-Cambridge, notamment dans les nouvelles technologies et les industries de pointe. Pour y parvenir, il compte notamment sur les Emirats arabes unis, qui laissent désormais entendre qu’ils pourraient, selon le verdict de la commission de la ligue, tout faire capoter.
Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle l’affaire place Burnham dans une situation bien plus délicate qu’il ne peut l’admettre. Les investissements des cheikhs ont largement contribué à ses succès passés en tant que maire de Manchester. La semaine dernière, le responsable travailliste a déclaré qu’il serait «vraiment préoccupé» si Manchester City venait à perdre ses propriétaires du Golfe, qu’il qualifie de «partenaires si importants dans la construction du Manchester moderne». Cette déclaration a déclenché une vague d’indignation dans l’opinion publique, poussant Burnham à affirmer sans attendre au Parlement:
Une dette écrasante
Nombreux sont désormais ceux, au Royaume-Uni et ailleurs, qui ne semblent plus croire en City. En 2008, le cheikh Mansour avait présenté son investissement dans le football comme une affaire purement privée. On découvre désormais ce que l’on aurait pourtant toujours dû savoir: dans les Etats autoritaires, la distinction entre intérêts privés et intérêts de l’Etat n’existe pas.
Dans son conflit avec le riche Etat du Golfe, le Royaume-Uni risque de payer le prix de son lourd endettement, dont le service absorbe une part toujours plus importante du budget britannique. Le pays dépend urgemment des capitaux d’investisseurs nationaux, mais surtout étrangers, qui semblent se montrer de plus en plus exigeants sur les contreparties, comme le suggère le scandale Manchester City.
